Chercher « ancien logo Google » mène presque toujours à la même image : le mot en lettres épaisses, avec ces empattements un peu vieillots et une ombre portée. Cette version a tenu seize ans, ce qui est considérable pour une entreprise du web. Sa disparition en 2015 n’a rien d’un caprice de designer : elle règle un problème technique très concret.
L’évolution du logo, version par version
| Période | Ce qu’on voyait | Typographie |
|---|---|---|
| 1997 | Première version composée par Larry Page avec le logiciel libre GIMP | caractères standards |
| 1998 | Version retravaillée par Sergey Brin, avec un point d’exclamation final | caractères standards |
| 1999-2010 | Logo de Ruth Kedar : mot coloré, ombre portée, relief léger | Catull (serif) |
| 2010-2013 | Mêmes lettres, ombre et relief nettement réduits | Catull (serif) |
| 2013-2015 | Version entièrement plate, sans effet | Catull (serif) |
| Depuis 2015 | Lettres géométriques, arrivée du G multicolore comme icône | Product Sans (sans empattements) |
Deux dates comptent vraiment. Le 31 mai 1999, quand Ruth Kedar livre la version qui va installer la marque. Et le 1er septembre 2015, quand tout bascule vers un dessin sans empattements.
1998 : un logo fait maison, avec un point d’exclamation
Avant d’être une entreprise de plusieurs centaines de milliards, Google est un projet de laboratoire. Le premier logo est composé par Larry Page lui-même sous GIMP, un logiciel libre de retouche d’image. La version de 1998 ajoute un point d’exclamation à la fin du mot, dans l’esprit de ce que faisait alors Yahoo!.
Cette période est courte, mais elle explique une partie de l’ADN visuel : des couleurs primaires, un ton léger, rien de corporate. Beaucoup de marques technologiques commencent ainsi, avec un logo qui n’a coûté que du temps.

1999 : Ruth Kedar et le choix du Catull
Le logo qui va durer arrive en mai 1999. Sa conceptrice, Ruth Kedar, est alors enseignante à Stanford. Elle retient le Catull, une police à empattements créée pour l’imprimerie, qui donne au mot un aspect sérieux sans le rendre austère. Le contraste est volontaire : une entreprise très nouvelle qui emprunte les codes visuels du livre.
La palette se fixe à ce moment-là : bleu, rouge, jaune pour les trois premières lettres, puis bleu, vert, rouge. La rupture est dans le L vert. Si la séquence des couleurs primaires avait été respectée jusqu’au bout, cette lettre aurait été jaune. Le choix du vert casse le motif, et c’est exactement le message que la marque voulait envoyer à l’époque : elle ne suit pas les règles établies.
2015 : pourquoi abandonner les empattements
Le changement de septembre 2015 n’est pas esthétique, il est technique. Trois raisons se cumulent.
- La lisibilité en petit. Les empattements du Catull s’empâtent sur un écran de téléphone et disparaissent dans une icône d’application.
- Le poids du fichier. Un dessin géométrique simple s’encode en beaucoup moins d’octets, ce qui compte quand le logo est servi des milliards de fois par jour.
- La cohérence du système. Google n’est plus un moteur de recherche mais des dizaines de produits. Il fallait une famille typographique unique, déclinable partout, d’où la création de Product Sans en interne.
C’est là que naît aussi le G multicolore, cette pastille qui sert d’icône quand il n’y a pas la place d’écrire le mot entier. Un logo moderne n’est plus une image, c’est un jeu de variantes : le mot complet, l’icône, la version monochrome. Ces déclinaisons se cadrent dans des règles d’usage documentées, sans quoi chaque équipe produit finit par redessiner la sienne.
Les doodles : l’autre vie du logo
Une particularité de Google échappe souvent aux analyses : la marque a autorisé très tôt qu’on déforme son propre logo. Le premier doodle date d’août 1998, quand les fondateurs partent au festival Burning Man et placent un petit bonhomme derrière le second O, en guise de message d’absence. L’idée est restée : depuis, des milliers de versions dessinées ont remplacé le logo sur la page d’accueil, le temps d’une journée.
Pour une marque, c’est un choix inhabituel et instructif. La règle dit d’ordinaire qu’un logo ne se modifie jamais. Google a fait l’inverse, en s’appuyant sur deux garde-fous : la structure du mot reste lisible sous le dessin, et la version officielle revient le lendemain. La déformation est un événement, pas un état.
Ce fonctionnement n’est transposable qu’à une condition : que la forme de référence soit déjà installée dans la tête du public. Une marque jeune qui déforme son logo ne crée pas un rendez-vous, elle crée de la confusion.

Les quatre contraintes d’un logo à l’écran
La bascule de 2015 se comprend mieux avec la grille des contraintes que subit aujourd’hui n’importe quelle identité. Elles ne tiennent aucun compte de la beauté du dessin.
| Contrainte | Ce qu’elle impose | Ce que le Catull ne tenait plus |
|---|---|---|
| L’icône d’application | Rester lisible dans un carré de quelques millimètres | Les empattements se bouchent, le mot devient une tache |
| Le favicon | Fonctionner en 16 ou 32 pixels de côté | Impossible avec un mot de six lettres : il faut une initiale |
| Le mode sombre | Tenir sur fond noir comme sur fond blanc | Les ombres portées et les reliefs deviennent sales |
| Le système multi-produits | Se décliner sur des dizaines d’applications sans se contredire | Une police achetée ne se modifie pas librement |
Le même raisonnement a conduit d’autres enseignes à simplifier leur dessin sans toucher à leur symbole, comme Carrefour et ses deux flèches.
Cette grille explique le mouvement d’ensemble de la décennie. Les banques, les constructeurs automobiles, les médias ont tous suivi la même trajectoire : suppression des reliefs, typographies sans empattements, création d’un symbole autonome pour les petites tailles. Ce n’est pas une mode, c’est une adaptation au support dominant.
Ce qui a changé autour du logo
En 2015, le changement typographique s’accompagne d’une réorganisation plus large. L’entreprise se dote d’une maison mère, Alphabet, et Google devient l’une de ses filiales. Le logo cesse d’être l’identité d’une société pour devenir celle d’une famille de produits : moteur de recherche, messagerie, cartographie, navigateur, système mobile.
Chaque produit reçoit alors son propre traitement, mais tous puisent dans la même palette de quatre couleurs. La refonte des icônes de la suite bureautique, en 2020, a d’ailleurs été critiquée pour cette raison : à force de partager les mêmes teintes, les applications sont devenues difficiles à distinguer d’un coup d’œil dans une barre d’onglets.
La leçon est utile pour toute marque à plusieurs offres : une palette commune crée de la cohérence, mais elle doit être compensée par une forme nettement différenciée pour chaque produit. Sinon, la cohérence se paie en lisibilité.

Dater un ancien logo Google en trois coups d’œil
On trouve encore d’anciennes versions un peu partout : vieilles captures d’écran, documents d’archive, objets promotionnels. Trois indices suffisent à situer une image dans le temps, sans rien chercher d’autre.
- Les empattements. Petits traits horizontaux au bout des lettres : la version est antérieure à septembre 2015. Lettres nues et géométriques : elle est postérieure.
- L’ombre portée. Une ombre marquée sous les lettres et un effet de relief situent l’image avant 2010. Une ombre à peine visible correspond à la période 2010-2013, et un aplat total à 2013-2015.
- Le point d’exclamation. S’il est là, on est en 1998 ou 1999, et l’image est une pièce de collection.
Un quatrième indice aide pour les documents récents : la présence du G multicolore seul, sans le mot, indique forcément une version postérieure à 2015, puisque cette icône n’existait pas avant.
Ce que cette histoire dit aux autres marques
Le cas Google éclaire une question que se posent beaucoup d’entreprises : faut-il abandonner un logo que tout le monde reconnaît ?
La réponse tient dans la raison invoquée. Changer parce qu’un dessin ne fonctionne plus sur les supports réels est légitime, et le public suit. Changer pour faire moderne ne produit qu’un coût de réapprentissage. On l’a vu chez des marques qui ont fait marche arrière, comme Pepsi, revenu en 2023 à un dessin des années 1970.
Deuxième enseignement : la couleur porte plus que la forme. Le Catull a disparu, pas la palette. C’est elle que l’œil reconnaît en premier, et c’est pour cette raison qu’elle a été conservée à l’identique dans toutes les versions. Une charte graphique bien faite fixe d’ailleurs les couleurs avant les formes.
Questions fréquentes
Quelle police utilisait l’ancien logo Google ?
Le Catull, une police à empattements conçue pour l’impression, retenue par Ruth Kedar en 1999. Elle est restée en place seize ans, jusqu’au passage à Product Sans en septembre 2015.
Qui a créé le logo Google ?
Les toutes premières versions ont été composées par les fondateurs eux-mêmes, avec le logiciel libre GIMP, en 1997 et 1998. Le logo durable, celui de 1999, est l’œuvre de Ruth Kedar, alors enseignante à Stanford. La version actuelle a été conçue en interne par les équipes de design de l’entreprise.
Pourquoi le L du logo Google est-il vert ?
Parce que la suite logique des couleurs primaires aurait donné une lettre jaune. Le vert casse volontairement le motif : la marque signifiait par là qu’elle ne suivait pas les règles établies. Le détail est resté dans toutes les versions ultérieures.
Quand Google a-t-il changé de logo pour la dernière fois ?
Le 1er septembre 2015, avec le passage à Product Sans et l’apparition du G multicolore. Depuis, seules des variations ponctuelles ont été utilisées, notamment pour les anniversaires de l’entreprise, qui rejouent des versions anciennes le temps d’une journée. La page dédiée sur Wikipédia recense ces variantes.
Peut-on encore utiliser l’ancien logo Google ?
Non. Le logo, ancien comme actuel, est une marque déposée. Il peut être cité dans un cadre documentaire ou journalistique, mais pas repris comme élément graphique d’un site, d’un produit ou d’une communication. C’est vrai pour toutes les marques évoquées ici.
Reste une remarque pour ceux qui travaillent leur identité aujourd’hui : Google a gardé le même logo pendant seize ans, à une époque où tout changeait chaque année. La stabilité n’est pas un manque d’audace, c’est ce qui laisse à un signe le temps de devenir un repère.


